
Abidjan, le 09 mars 2026 – Dans un contexte où la gestion durable des ressources et la transition vers des systèmes agroalimentaires plus résilients s’imposent comme des priorités en Afrique de l’Ouest, la recherche scientifique apporte des réponses innovantes. C’est dans cette dynamique que le Fonds pour la Science, la Technologie et l’Innovation (FONSTI), en partenariat avec l’Université Nangui ABROGOUA (UNA), a officiellement lancé un projet de recherche ambitieux visant à transformer les déchets issus de la transformation du manioc en ressources énergétiques et agricoles.
Organisée dans la Salle du Conseil de l’Université Nangui ABROGOUA, la cérémonie de lancement a réuni chercheurs, autorités universitaires, partenaires institutionnels et acteurs de la filière manioc autour d’une vision commune : faire de la science un levier concret de développement durable et d’innovation au service des populations.
Doté d’un financement de 24 446 390 F CFA du FONSTI, ce projet scientifique s’inscrit dans le cadre de l’Initiative des Conseils Subventionnaires de la Recherche Scientifique (IOSRS), adossée au Science Granting Council Initiative (SGCI). Cette initiative internationale vise à renforcer les capacités des institutions africaines de financement de la recherche afin de soutenir des projets scientifiques à fort impact socio-économique et fondés sur des données probantes.
En Côte d’Ivoire, la transformation du manioc ,notamment pour la production d’attiéké, aliment emblématique du pays – constitue une activité économique majeure, portée en grande partie par des femmes transformatrices. Toutefois, cette activité génère d’importants volumes de résidus solides et d’effluents liquides. Faute de systèmes de traitement appropriés, ces déchets deviennent une source de pollution des sols et des eaux, tout en occasionnant des nuisances pour les communautés environnantes.
Paradoxalement, les actrices de cette filière sont confrontées à une hausse continue du coût du bois-énergie pour la cuisson et des fertilisants chimiques pour la production agricole.
Face à cette double contrainte environnementale et économique, le projet porté par l’équipe de recherche dirigée par Dr KOUAKOU Adjoumani Rodrigue propose une solution technologique innovante fondée sur la digestion anaérobie. Ce procédé permettra de transformer les déchets de manioc en biogaz, utilisable comme source d’énergie domestique, et en biofertilisants capables d’améliorer la fertilité des sols agricoles.
Cette approche s’inscrit pleinement dans les priorités de l’appel à projets conjoints lancé dans le cadre de la coopération scientifique entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, notamment dans les domaines des systèmes agroalimentaires durables et des énergies renouvelables.
Le projet découle du partenariat stratégique établi entre le FONSTI et le Fonds National de la Recherche et de l’Innovation pour le Développement (FONRID) du Burkina Faso, formalisé par un protocole d’accord signé le 12 octobre 2023. Cette collaboration vise à encourager des projets de recherche conjoints dans plusieurs domaines prioritaires, notamment l’agriculture durable, l’énergie, l’environnement et la gestion des ressources naturelles.
Soutenu par des partenaires internationaux tels que le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada, le Department for International Development (DFID) du Royaume-Uni, la Deutsche Forschungsgemeinschaft (DGF) et la National Research Foundation (NRF) d’Afrique du Sud, ce programme ambitionne de promouvoir des solutions scientifiques adaptées aux réalités africaines et susceptibles d’améliorer durablement le bien-être des populations.
Au-delà de l’innovation scientifique, le projet vise des impacts tangibles sur les conditions de vie des acteurs de la filière manioc et sur la durabilité des systèmes agricoles.
Parmi les principales actions prévues figurent :
• L’optimisation des procédés de production de biogaz à partir des déchets de manioc ;
• L’installation d’un biodigesteur pilote dans une unité de transformation d’attiéké ;
• La validation scientifique de la valeur agronomique des biofertilisants produits ;
• La diffusion et l’appropriation de la technologie par les acteurs de la filière.
Lors de la cérémonie, le Professeur Kra Enoc, représentant le Secrétaire Général du FONSTI, Dr Yaya Sangaré, a rappelé la mission du Fonds : soutenir une recherche capable de produire des solutions concrètes aux défis économiques, environnementaux et sociaux auxquels sont confrontées les populations.
De son côté, la Présidente de l’Université Nangui ABROGOUA, Professeur Véronique Yo Boué, a salué cette initiative qui renforce le positionnement de l’institution comme un pôle d’excellence scientifique engagé dans la recherche appliquée et l’innovation au service du développement durable.
L’atelier de lancement a également enregistré la participation de plusieurs personnalités du monde académique, dont le Professeur Kré Raymond, Directeur de l’UFR Sciences Fondamentales et Appliquées, ainsi que des représentants des producteurs, commerçants et organisations de la société civile, bénéficiaires directs du projet.
À travers cette initiative, le FONSTI confirme sa volonté de transformer les résultats de la recherche en solutions concrètes favorisant l’économie circulaire, la valorisation des déchets, la sécurité alimentaire et l’autonomisation économique des femmes impliquées dans la transformation du manioc.
En faisant des déchets une ressource énergétique et agricole, ce projet illustre parfaitement comment la science peut contribuer à relever simultanément les défis de l’environnement, de l’énergie et de la productivité agricole en Afrique de l’Ouest.



















